Chaque soir, autour d'une lampe à pétrole, ils comptaient leurs billets froissés et mettaient la plus grande partie de côté. Leur rêve commun tenait en un mot: « lakay », une vraie maison pour leurs deux enfants, un endroit où planter des racines.
Les sacrifices étaient quotidiens. Pas de vêtements neufs pour les fêtes, des repas simples basés sur le riz et les haricots, et des journées de maladie passées à travailler malgré la fièvre. Les enfants, Samuel et Lunie, comprenaient les sacrifices de leurs parents. Au lieu de demander des jouets, ils ramassaient parfois des clous ou de vieux outils abandonnés sur les chantiers pour aider leur père. Chaque centime épargné rapprochait la famille de son but, malgré la hausse des prix et les coups durs de la vie.
Le jour de leurs cinq ans de mariage, Jean posa enfin une clé dorée sur la table en bois. Ils avaient acheté un petit terrain en périphérie et, bloc par bloc, le dimanche, Jean avait élevé les murs de leur propre maison. Le jour du déménagement, la maison sentait encore la peinture fraîche et le ciment. En franchissant le seuil, Marie s'est agenouillée sur le sol propre et a éclaté en sanglots, lavant des années de fatigue. Jean l'a serrée dans ses bras, les larmes aux yeux, pendant que les enfants couraient joyeusement dans leur première vraie chambre, baignée par la lumière du soleil couchant.